Le Japon proteste contre l’armée américaine

Une nouvelle affaire de vol et de violence impliquant un militaire américain ravive les tensions autour de la présence des forces américaines sur l’île japonaise d’Okinawa.

« Ce type d’incident est véritablement révoltant, absolument inacceptable, et je dois dire que j’éprouve une très profonde indignation. » Ces mots du ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, font écho à la vive colère qui secoue le pays depuis qu’une affaire impliquant un marine américain a éclaté, il y a quelques semaines.

Le caporal suppléant Delvin Jacob Ballard, âgé de 20 ans, est en effet accusé d’avoir étranglé Anna Yagi, une femme de 39 ans, avec un cordon téléphonique et de lui avoir volé son sac à dos dans un hôtel de Naha, à Okinawa, le 3 octobre.

Selon les enquêteurs, des images de vidéosurveillance et d’autres éléments de preuve montrent que Ballard et Yagi ont pris un taxi depuis la ville d’Okinawa jusqu’au quartier des divertissements de Naha, avant d’entrer dans l’hôtel où le meurtre a été commis.

Interrogé par la police après son arrestation, Ballard a d’abord affirmé ne pas savoir de quoi il était accusé, avant d’évoquer « une certaine implication dans le crime », selon les termes du Parisien, qui cite le quotidien Yomiuri Shimbun.

Une protestation générale

Selon la correspondante de la BBC à Okinawa, Kurumi Mori, la colère est très vive sur l’île, tandis que des manifestations ont été organisées jusqu’à Tokyo. « Les habitants avec lesquels j’échange me disent qu’ils n’en peuvent plus et qu’ils ne veulent plus jamais voir cela se reproduire », rapporte la journaliste.

L’affaire cristallise la frustration des Japonais vis-à-vis des militaires américains, accusés sur place de plusieurs crimes au fil des ans.

Mais contrairement à de nombreux cas précédents où les faits impliquant un soldat américain relevaient de la justice américaine, l’affaire Ballard — qui n’était pas en service au moment des faits — relève de la justice japonaise.

Les habitants espèrent donc une issue différente cette fois-ci. La Première ministre, Sanae Takaichi, a qualifié les faits présumés de vol et de meurtre de « brutaux et odieux ». Elle a déclaré avoir demandé à Washington de renforcer la discipline parmi les troupes stationnées au Japon.

Une affaire pas si simple

Environ 70% de la présence militaire américaine au pays du Soleil-Levant — qui compte quelque 54 000 militaires au total — est concentrée à Okinawa, une île située au sud du Japon, à proximité de la Chine continentale, de Taïwan, de la Corée du Sud et de l’Asie du Sud-Est, notamment des Philippines.

Une telle position géographique lui confère une importance stratégique dans le cadre des opérations de Washington en Asie-Pacifique. Cette présence, héritée de l’après-guerre, vise par ailleurs à défendre le Japon, principal allié américain dans la région, contre d’éventuelles menaces.

Autant dire que les autorités japonaises marchent sur une ligne de crête dans cette affaire, alors que l’ambassade des États-Unis à Tokyo a déclaré coopérer pleinement avec le gouvernement et la police locale.

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