France : le ras-le-bol des femmes journalistes de sport face au cyberharcèlement

Épuisée par les attaques en ligne subies après une question controversée lors de la finale de la CAN, la journaliste Vanessa Le Moigne a choisi de se retirer du monde du football à la fin de la saison. Son cas relance le débat sur le sexisme ambiant dans le milieu du journalisme sportif.

« Insultes, sexisme, remise en cause permanente. Ce n’est pas le prix à payer. Nous ne nous tairons plus« , s’est insurgé le collectif Femmes Journalistes de Sport, le 24 janvier dernier, dans un communiqué.

À l’origine de cette réaction, le cas de leur consoeur Vanessa Le Moigne. Employée depuis plus d’une dizaine d’années sur la chaîne de télévision beIN Sports, cette quadragénaire a jeté l’éponge deux jours plus tôt, épuisée et désabusée.

« Merci pour la CAN, les émotions. Merci le foot pour les rencontres, pour les beaux moments. Mais next fin de saison, j’arrête et maintenant je me sens libérée« , a-t-elle écrit, avant d’ajouter avec une pointe d’amertume : « J’ai perdu mon père il y a moins d’un an. Qu’est-ce qui peut me faire plus mal ? Pas ça et pas vous. »

Une vague d’attaques en ligne

Cette décision fait suite à un flot d’attaques sur les réseaux sociaux, déclenché après une question jugée déplacée qu’elle avait adressée au gardien sénégalais Édouard Mendy lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, le 18 janvier 2026.

« J’hésite à vous dire félicitations, je vais vous laisser commenter tout ce qui s’est passé sur la fin, c’est dramatique », avait-elle lancé au portier d’Al-Ahli, tout juste sacré champion d’Afrique, avant d’évoquer la possibilité d’un arrangement avec Brahim Diaz concernant son penalty manqué dans le temps additionnel.

S’en est suivi un torrent d’insultes et de messages haineux, d’une violence extrême, visant directement la journaliste. Un acharnement qui l’a finalement poussée à « se résigner », comme elle l’a confié par la suite au journal L’Équipe.

Un environnement hostile aux femmes

« Ma réaction a été épidermique et je suis convaincue de mon choix pour plein de raisons », a déclaré, celle qui dit avoir poursuivi son rêve de journaliste malgré la précarité familiale et de nombreux obstacles.

Pour l’association Femmes Journalistes de Sport, le départ annoncé de Vanessa Le Moigne du monde du football est symptomatique d’un univers toxique pour les femmes, « le reflet d’une réalité devenue insupportable ».

« La compétence n’a pas de genre », rappelle le collectif, dénonçant un traitement professionnel souvent biaisé par le sexe. « Je voudrais qu’une petite fille qui rêve demain de présenter la Coupe du monde puisse le faire sans qu’on la fasse chier », déclarait d’ailleurs Le Moigne l’année dernière à Valyu Media. Une phrase devenue tristement prémonitoire.

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