En visite historique dans la principauté, le nouveau pape a lancé un message sans ambiguïté aux élites fortunées du monde : toute richesse a une vocation universelle et un devoir moral de redistribution.
« Aux yeux de Dieu, rien n’est reçu en vain ! Tout bien placé entre nos mains… porte en lui la nécessité intrinsèque de ne pas être retenu, mais d’être partagé, afin que la vie de chacun puisse s’améliorer. »
C’est en ces termes que le pape Léon XIV s’est adressé, samedi 28 mars dernier, à la foule réunie au pied du palais princier de Monaco, lors de sa visite officielle dans la principauté. Une première en cinq siècles d’histoire pontificale.
Le souverain pontife devient ainsi le premier successeur de l’apôtre Pierre à fouler ce minuscule territoire coincé entre la Méditerranée et les Alpes-Maritimes.
Un geste fort, hautement symbolique, mais surtout porteur d’un message que l’hôte du prince Albert a voulu limpide, incisif, presque provocateur : la richesse n’est pas un but en soi, mais un bien destiné à servir le bien commun.
La richesse comme devoir moral, non comme privilège
« Le don de la petitesse, accompagné d’un héritage spirituel vivant, vous invite à mettre votre prospérité au service du droit et de la justice, surtout en une période où la démonstration de la puissance et la logique de domination blessent le monde et fragilisent la paix », a déclaré le pape, en marge de ce déplacement, le deuxième à l’étranger depuis son élection en mai dernier, après une visite au Liban.
Cet appel au partage trouve un écho tout particulier à Monaco. La principauté, dont le PIB par habitant reste parmi les plus élevés au monde, attire depuis des décennies des fortunes en quête d’un cadre fiscal avantageux.
Résidence de champions, d’hommes d’affaires et de grandes familles fortunées, ce micro-État cristallise les débats sur les paradis fiscaux et les déséquilibres de richesse mondiale. D’où la référence appuyée du pape à la « destination universelle des biens ».
« Ce sont les petits qui font l’histoire » : une leçon biblique adressée aux puissants
Léon XIV semble décidé à replacer au centre de son magistère ce principe issu de la doctrine sociale de l’Église catholique. Face aux désordres qui agitent la planète, il rappelle que la paix ne naît pas seulement de la diplomatie des États, mais aussi de choix économiques équitables.
Pour illustrer son propos, le pape a usé d’une figure biblique intemporelle : le renversement des puissants. « Dans l’Écriture, ce sont les humbles qui écrivent l’histoire », a-t-il affirmé, dans une phrase qui résonne à la fois comme une admonestation et une promesse.
En choisissant Monaco comme premier terrain d’expression de cette orientation, le souverain pontife marque, selon plusieurs observateurs, la volonté de l’Église de ne plus se limiter aux questions spirituelles, mais de s’affirmer comme acteur de la justice économique mondiale.
