Le racisme structurel, une plaie encore vive en Europe

Michaela Moua, coordinatrice européenne pour la lutte contre le racisme, met en garde contre la persistance des inégalités et des discriminations liées à l’origine au sein de l’Union européenne.

C’est une alerte provenant du cœur même de l’appareil institutionnel européen. Michaela Moua, coordinatrice de la Commission européenne chargée de la lutte contre le racisme, a pris la parole samedi 21 mars 2026 lors d’un symposium sur le racisme à Amsterdam pour adresser un avertissement solennel : le racisme structurel n’appartient pas au passé. Il demeure une réalité concrète, vivante, qui façonne encore le quotidien de millions de personnes à travers le continent.

« Nous ressentons l’urgence, surtout en ces temps politiques », a-t-elle lancé, citée par Reuters. S’appuyant sur les travaux de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), la haute fonctionnaire a souligné que près de la moitié des personnes d’ascendance africaine vivant dans l’espace communautaire affirment avoir subi des discriminations.

Le plus frappant c’est que le phénomène ne recule pas avec le niveau d’instruction. Nombreux sont ainsi ceux qui, malgré un parcours universitaire, se heurtent à des barrières systémiques lorsqu’ils tentent d’accéder au marché du travail.

Une architecture discriminatoire héritée du passé colonial

Cette situation, observe Moua, prouve que l’éducation, aussi essentielle soit-elle, ne suffit pas à garantir l’égalité des chances dans une société traversée par des déséquilibres profonds. Pour cette responsable européenne, il est impossible de comprendre la persistance de telles inégalités sans les replacer dans leur contexte historique.

L’Europe, rappelle-t-elle, reste marquée par l’héritage d’un passé colonial dont elle n’a jamais entièrement assumé les soubassements. Les rapports de domination forgés au fil des siècles de colonisation n’ont pas disparu avec les indépendances ; ils se sont transformés, intégrés et reproduits dans les structures économiques comme sociales des sociétés européennes contemporaines.

« Le démantèlement des inégalités enracinées est essentiel pour la démocratie », a-t-elle insisté. Cette prise de position intervient dans un climat politique tendu. Dans plusieurs États membres, la poussée des formations d’extrême droite a profondément remodelé le débat public autour de l’immigration, de l’identité nationale et de la place des minorités.

Une approche institutionnelle jugée limitée

Les polémiques sur les questions culturelles et identitaires se sont multipliées, parfois jusqu’à l’instrumentalisation politique du fait racial. En réponse, la Commission européenne a présenté une nouvelle stratégie de lutte contre le racisme pour la période 2026‑2030.

Ce plan vise avant tout à renforcer l’application des législations existantes, à améliorer les plans d’action nationaux et à combattre plus efficacement les manifestations de racisme au sein des institutions publiques.

Cependant, cette initiative ne fait pas consensus. Plusieurs ONG, dont le Réseau européen contre le racisme (ENAR), ont formulé des critiques substantielles.

Selon elles, le texte manque d’ambition politique en ce sens qu’il évite de reconnaître explicitement la responsabilité historique de l’Europe dans la formation des inégalités raciales mondiales et élude la question des réparations pour les injustices héritées du passé.

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