Un vestige du IIIe Reich relance le débat sur la mémoire à Berlin

Un site situé à proximité du tristement célèbre bunker d’Hitler divise, entre partisans de sa démolition pour construire des logements et défenseurs de sa conservation.

Faut-il effacer les derniers vestiges de béton du nazisme ou les conserver pour ne pas oublier l’horreur qu’a représentée cette période ? La question agite l’ensemble de l’Allemagne, et particulièrement Berlin, autour de l’avenir d’un site emblématique.

Celui-ci se situe à proximité immédiate du Führerbunker, à quelques minutes à peine de la Porte de Brandebourg, du Mémorial de la Shoah et de la célèbre Potsdamer Platz, l’abri souterrain où Adolf Hitler s’est suicidé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à ce dernier, cet ouvrage moins connu était destiné au personnel de la nouvelle Chancellerie du Reich.

Entre 1939 et 1945, cette structure de 1 200 mètres carrés, dont les murs et le plafond atteignent 1,70 mètre d’épaisseur, a également servi d’abri civil, notamment pour des mères et leurs enfants.

Aujourd’hui, des promoteurs envisagent sa destruction afin d’y construire des logements, une approche pragmatique soutenue, selon la BBC, par le responsable socialiste berlinois en charge de l’habitat.

Un vestige rare de l’architecture du pouvoir nazi

Ce dernier estime en effet que la ville fait face à une pénurie aiguë de logements et qu’il n’est pas envisageable de bloquer ce projet pour préserver un bunker qui pourrait, en outre, devenir un lieu de rassemblement pour des nostalgiques du régime hitlérien.

Face à cette ligne, des associations locales de mémoire dénoncent ce qu’elles perçoivent comme une aberration. Leur crainte n’est pas de transformer le lieu en attraction morbide, mais bien de perdre une occasion unique de transmission historique.

Pour Kai Hina, responsable des opérations et expert au sein de la Berlin Underworlds Association — organisation spécialisée dans l’étude des infrastructures souterraines de la capitale —, interrogé par DW News, l’état de conservation remarquable du site justifie à lui seul sa préservation.

Selon lui, un lieu authentique, où l’histoire s’est effectivement déroulée, a davantage de valeur que n’importe quel monument commémoratif construit a posteriori.

Que faire des traces du pire ?

« Démolir l’un des derniers vestiges du centre du pouvoir nazi est une folie totale de nos jours », affirme également Dietmar Arnold, président de l’association Berliner Unterwelten, auprès du média BZ.

Au-delà du cas berlinois, cette controverse illustre la difficulté de concilier le devoir de mémoire et les enjeux contemporains, dans une nation à l’image de l’Allemagne où cette question revêt une portée particulière.

L’arbitrage entre ces deux logiques n’est pas toujours évident, même si le pays l’a déjà tranché différemment selon les cas. Certains vestiges ont été intégrés à des mémoriaux, d’autres discrètement comblés pour éviter tout risque de récupération idéologique.

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