FESPACO 2019 : Un Etalon d’Or du Yennega contesté, sur fond d’agressions sexuelles

L’édition du cinquantenaire du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), aura laissé un arrière-goût d’insatisfaction aux militants des droits de l’homme et de la cause féminine. En 50 ans et 25 éditions du FESPACO, l’Etalon d’Or du Yennega n’a jamais été remis à une femme. Pourtant cette édition était toute désignée pour.

Polémique autour l’Etalon d’Or du Yennega 2019

Ce fut une grosse déception parmi le public lorsque l’Etalon d’Or du Yennega, la plus grande récompense du FESPACO, a été remis au jeune réalisateur rwandais Joël Karekezi pour son film The Mercy of the jungle (La miséricorde de la jungle). En effet, tout le monde attendait que ce prix soit décerné à Desrances de la Burkinabè Apolline Traore. Bien sûr, personne ne remet en cause le formidable travail abattu par Joël Karekezi, cet ancien habitant des camps de réfugiés rwandais, mais l’on pense qu’il aurait été plus juste de lui accorder l’Etalon d’Argent. Et pourquoi ?

La raison est toute simple. Desrances a connu un franc-succès auprès du public dès sa sortie. Tous les critiques se sont accordés pour dire que Desrances était une excellente production. Mieux encore, ils l’avaient érigé au rang de grand favori pour l’Etalon d’Or du Yennega. Pourtant, ce film ne recevra que le « maigre » prix technique (décors). Est-ce à dire que le cinéma africain continue d’être sexiste au moment où les festivals du monde entier s’alignent sur le féminisme, parfois à outrance ?

Agressions sexuelles : Après l’Occident, l’Afrique

Depuis sa création en 1969, le FESPACO n’a jamais décerné l’Etalon d’Or du Yennega à une femme. Une anormalité qui continue de se filer, sous fonds de scandales.

Que les films produits par les femmes ne soient pas bons passe encore, mais quand Desrances fait l’unanimité, qu’aurait-il fallu ? Récompenser bien sûr ce film, mas non ce ne fut pas le cas. La 26e édition du FESPACO a préféré s’inscrit dans la “continuité”, ouvrant ainsi une polémique dans un contexte d’agressions sexuelles.

Cette édition 2019 a été marquée par des révélations d’agressions sexuelles contre les femmes dans le monde du cinéma africain. Ces agressions toucheraient aussi bien les actrices que les réalisatrices et les techniciennes. Inspirées par les mouvements #MeToo et #Balancetonporc, en vogue en Occident, les femmes du cinéma africain ont créé deux collectifs pour dénoncer le chantage dont elles sont victimes. Il s’agit de « Cinéastes non-alignées » et « Noire n’est pas mon métier » qui ont lancé un mouvement dénommé #Memepaspeur.

Et elles ont même déjà leur Harvey Weinstein, du nom de Tahirou Tasséré Ouedraogo. Ce réalisateur burkinabè aurait agressé sexuellement Azata Soro lors d’un tournage en 2017. Il lui aurait même lacéré le visage avec un tesson de bouteille. En solidarité envers ces femmes, la chaîne française TV5 Monde a annoncé qu’elle mettait fin à sa collaboration avec ce cinéaste et qu’elle ne diffusera pas son film Le Trône. Elle se réserve même le droit de le poursuivre en justice pour réparation des préjudices causés.

 

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