Le pays s’impose comme un refuge pour les minorités sexuelles, alors que la répression s’intensifie à travers le continent.
« Dans ma dernière relation, nous avions l’habitude de nous promener main dans la main sans rencontrer de problèmes ». Ce témoignage de Leonardo, maquilleur capverdien de 29 ans ouvertement gay et installé à Mindelo, deuxième ville du pays, illustre le climat d’accueil réservé aux personnes LGBTQ sur place.
Dans cet État d’Afrique de l’Ouest réputé pour sa stabilité politique et démocratique, les individus aux orientations sexuelles minoritaires vivent globalement en harmonie avec le reste de la population.
Le pays arrive même en tête des nations africaines les plus inclusives pour la communauté LGBTQIA+, selon l’indice Equaldex, qui évalue à la fois le cadre légal et le degré d’acceptation sociale.
À l’échelle mondiale, le Cap-Vert se classe 31e, devant le Royaume-Uni et les États-Unis, avec un score de 68 sur 100. L’archipel a dépénalisé les relations entre personnes du même sexe dès 2004 et interdit depuis 2008 toute discrimination à l’embauche fondée sur l’orientation sexuelle.
Un contraste saisissant avec la tendance de répression continentale
Le décalage avec la situation dans d’autres pays africains est frappant. À commencer par le Sénégal voisin, situé à quelques centaines de kilomètres, devenu depuis mars 2026 l’un des États les plus répressifs à l’égard de l’homosexualité, qualifiée d’ailleurs d’« acte contre-nature ».
Les peines d’emprisonnement y ont été portées de cinq à dix ans, avec des sanctions visant toute forme présumée de « promotion » de l’homosexualité. Une politique présentée par les autorités comme un rempart face à une pratique perçue comme importée de l’Occident.
Parallèlement, une traque soutenue vise les personnes accusées ou simplement suspectées d’homosexualité, avec des centaines d’arrestations. Cette situation inquiète les spécialistes de la santé, qui redoutent un recul dans la lutte contre le VIH/sida, dans un contexte où de nombreux séropositifs hésitent désormais à consulter par crainte d’être interpellés.
Le défi de la pérennisation des acquis
« C’est dur de savoir que nos frères traversent des situations extrêmement difficiles, surtout en Afrique. Être puni simplement à cause de ce que l’on est, je trouve cela extrêmement dur », indique Leonardo à l’AFP. L’objectif est désormais de préserver ce modèle capverdien.
« Aujourd’hui, nous vivons ici presque dans un paradis, mais cela est le fruit d’un travail acharné », affirme Walter Pires, danseur, acteur et figure locale engagée. Il rappelle que de nombreux amis ont été par le passé, agressés, blessés, chassés de leur domicile ou privés d’emploi en raison de leur identité.
Sindji Cawinny, femme transgenre de 29 ans, raconte ainsi avoir subi des discriminations il y a à peine trois ans. « J’ai démissionné. Je n’allais pas renoncer à ce que j’aimais à cause de leur ignorance », a-t-elle déclaré à propos de son départ de l’île de Sal.
« Il y a encore beaucoup d’ignorance, d’où l’importance de l’éducation. Bien sûr, certains ne l’accepteront jamais, mais nous continuons à agir », affirme Janette da Graça, 31 ans, professeure d’anglais et artiste lesbienne, engagée dans la sensibilisation et la défense des droits LGBTQ.
