Maurice lève le tabou du viol conjugal

Le viol entre époux est désormais puni de lourdes peines de prison. Une évolution majeure qui rompt avec un cadre juridique longtemps invoqué par les auteurs de violences pour échapper aux poursuites.

L’île Maurice a franchi un cap historique le mardi 21 juillet 2026 en adoptant une réforme qui criminalise désormais le viol conjugal, dont les auteurs encourent des peines allant de 10 à 45 ans d’emprisonnement.

Le texte prévoit également un renforcement des sanctions contre d’autres formes de violences faites aux femmes, notamment le féminicide ainsi que le meurtre ou la tentative de meurtre sur conjoint (punis de dix ans à la réclusion à perpétuité).

Si la reconnaissance du viol conjugal comme crime a mis autant de temps à s’imposer sur le continent, cela s’explique en grande partie par l’héritage des systèmes juridiques coloniaux, explique Jean Paul Murunga, directeur associé pour l’Afrique au sein d’Equality Now, une organisation engagée dans la lutte contre les violences basées sur le genre, interrogé par Channel Africa, la radio sud-africaine.

Un héritage colonial pesant pour les femmes

En Afrique de l’Est, de nombreuses législations s’inspirent du droit britannique ; en Afrique de l’Ouest, du droit français ; ailleurs, du droit allemand.

Ces cadres normatifs, issus d’une époque où les droits des femmes étaient largement ignorés, assimilaient souvent l’épouse à une extension juridique de son mari, sans autonomie propre. Dans certains systèmes de droit anglais, une femme ne pouvait même pas posséder de biens en son nom avant le mariage.

Cette vision a ancré l’idée que l’union matrimoniale impliquait un accès sexuel permanent du mari à son épouse, sans possibilité de refus pour cette dernière. Ainsi, dans l’ancien Criminal Code, le fait d’être marié à la victime pouvait être invoqué à Maurice comme moyen de défense face à une accusation de viol.

Un rempart juridique que la réforme actuelle fait disparaître, comme le souligne le ministre de la Justice, Gavin Glover, cité par RFI. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large visant à réaffirmer l’intégrité, la dignité et la sécurité des femmes à l’échelle du continent.

La nécessité de mesures d’accompagnement

Le Kenya dispose de lois révisées depuis plus de vingt ans, tandis que l’Afrique du Sud possède, selon les travaux menés par Paul Murunga en 2024, l’un des cadres juridiques les plus avancés du continent en matière de violences sexuelles. La Zambie figure également parmi les pays ayant modernisé leur législation.

Pour autant, l’adoption d’un texte, aussi important soit-il, ne garantit pas à elle seule une protection effective. Le responsable d’Equality Now insiste sur la nécessité de mettre en place un dispositif global autour de la loi, incluant des juridictions spécialisées, du personnel formé, ainsi que des mécanismes assurant la confidentialité et la sécurité des plaignantes face aux risques de représailles.

Cette formation doit notamment intégrer une compréhension contemporaine du consentement : celui-ci doit être libre, éclairé et continu. Un refus exprimé à tout moment doit être immédiatement respecté.

L’accompagnement psychosocial et médical des survivantes demeure également essentiel, le viol portant atteinte à la dignité et à la sécurité des personnes à un niveau particulièrement intime.

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