Le groupe audiovisuel britannique s’apprête à réduire ses effectifs dans le cadre d’une vaste réorganisation, qui soulève des interrogations de fond sur ses orientations éditoriales.
La British Broadcasting Corporation (BBC) entre dans la phase active de son plan social. Selon des informations du Financial Times, relayées par Reuters le lundi 15 juin, le groupe audiovisuel public britannique prévoit de supprimer jusqu’à 2 000 postes.
L’un des premiers pôles concernés est celui de l’information, où des centaines de suppressions d’emplois sont attendues, avec une annonce officielle prévue la semaine prochaine. Ce programme de restructuration, piloté par le nouveau directeur général Matt Brittin, suscite déjà de vives réactions dans les milieux journalistiques britanniques, au regard des ressources financières dont dispose l’institution.
La BBC perçoit en effet près de 3,5 milliards de livres sterling par an via la redevance audiovisuelle, soit environ 180 livres par foyer. Pour certains observateurs, la concomitance entre l’arrivée d’un dirigeant issu du secteur technologique privé – Brittin a notamment travaillé chez Google – et la mise en œuvre d’un plan d’économies d’une telle ampleur n’est pas anodine.
Un procédé jugé incohérent
Si la nécessité de rationaliser les coûts dans un environnement médiatique en pleine mutation est globalement admise, les modalités de ces réductions suscitent des interrogations.
La critique la plus fréquente porte sur les choix en matière de couverture événementielle. D’un côté, la chaîne mobilise entre 500 et 1 000 employés pour couvrir le festival de Glastonbury, un rendez-vous musical majeur qui attire chaque année des centaines de milliers de festivaliers dans le Somerset.
De l’autre, elle a décidé de ne pas déployer d’équipe en Amérique du Nord pour assurer une couverture sur place de la Coupe du monde de football 2026, pourtant l’événement sportif le plus suivi au monde, auquel participe la sélection nationale.
Cette décision contraste d’ailleurs avec celle de son concurrent ITV, qui a investi dans un studio d’envergure à New York, sur Times Square. Pour beaucoup, ce décalage illustre une hiérarchisation discutable des priorités.
BBC Arabic et BBC Persia dans le viseur
Au-delà de ces arbitrages, la pertinence de certains services internationaux est également remise en question dans le contexte actuel. Sont notamment concernés BBC Arabic et BBC Persia, deux antennes financées par le Foreign, Commonwealth and Development Office dans le cadre de la diplomatie médiatique britannique.
Ces services sont critiqués, dans certains cas documentés, pour des contenus publiés ou des profils de journalistes jugés controversés. Leur maintien, dans un contexte de restrictions budgétaires, alimente le débat.
Ainsi, la réorganisation en cours, telle qu’évoquée notamment sur la chaîne TalkTV, apparaît pour les détracteurs comme une opportunité de repenser en profondeur un dispositif hérité de la Guerre froide et de l’adapter aux réalités géopolitiques et financières contemporaines.
