La hausse des noyades mortelles actuellement observée sur le territoire français révèle de profondes inégalités sociales et territoriales dans l’accès aux infrastructures aquatiques.
Il fait certes très chaud cet été en France, mais la prudence s’impose près de l’eau : selon Santé publique France, 193 personnes ont perdu la vie par noyade entre juin et juillet, soit une hausse de 45% par rapport à 2024. Parmi ces victimes figurent 27 enfants et adolescents.
Cette hécatombe, qui pourrait s’aggraver selon les autorités, s’explique par les conditions météorologiques, mais aussi par un fait : le manque de savoir-nager. Car si la plupart des noyades accidentelles sont « évitables » d’après Santé publique France, elles le seraient davantage si l’apprentissage de la natation était généralisé.
Or les chiffres de l’Éducation nationale tels que révélés par Le Monde sont alarmants. Un tiers des élèves entrent en sixième sans savoir nager, 17% ne savent toujours pas à la fin de cette année, et même en fin de troisième, 7% n’ont pas acquis cette compétence vitale.
Ces statistiques masquent des inégalités territoriales criantes et finalement symptomatiques des fractures de la société française.
La géographie détermine l’accès à la survie
Les départements et territoires d’outre-mer se révèlent les plus démunis. Mayotte, la Guyane, la Guadeloupe et La Réunion comptent ainsi moins de 70% de nageurs en fin de sixième.
L’écart entre les élèves issus de l’éducation prioritaire renforcée et ceux des établissements « ordinaires » dépasse les 22 points : 62,9% des premiers savent nager en fin de sixième, contre 85,6% pour les seconds.
« Le défaut d’équipements est plus prégnant dans les quartiers populaires« , souligne Coralie Benech, co-secrétaire générale du SNEP-FSU, syndicat des enseignants d’éducation physique et sportive.
Cette syndicaliste pointe du doigt, dans les colonnes du Monde, une réalité que les statistiques officielles confirment : 450 collèges, soit 10% du total, n’ont pas accès à une piscine. Pour la moitié d’entre eux, cette absence d’équipement est structurelle. Car ils n’y ont jamais eu accès.
Une faillite nationale préjudiciable
L’Éducation nationale avait pourtant érigé l’apprentissage de la natation en « priorité absolue » en 2022. « Il est attendu des élèves, une maîtrise du milieu aquatique permettant de nager en sécurité dans un établissement de bains ou un espace surveillé », peut-on lire dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale.
Face à ces insuffisances, les experts préconisent l’apprentissage de « l’aisance aquatique » dès l’âge de 4-6 ans. Ce programme, soutenu notamment par d’anciens ministres et des nageurs de haut niveau comme Alain Bernard, vise à enseigner aux enfants les gestes essentiels : savoir flotter dans l’eau, revenir au bord en cas de chute et s’accoutumer au milieu aquatique.
Au-delà des statistiques, l’apprentissage de la natation représente un véritable enjeu sociétal. Comme le souligne Alain Bernard à Franceinfo, l’implantation de piscines de proximité pourrait « changer la vie » en facilitant l’accès à cette compétence fondamentale.
