Gaza : l’ONU réclame des comptes sur ses morts

Philippe Lazzarini, Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine, appelle à la création d’un panel de haut niveau chargé d’établir les responsabilités dans la mort de près de 400 agents onusiens et la destruction systématique des locaux de l’agence dans l’enclave palestinienne.

Avant de quitter ses fonctions à la tête de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), Philippe Lazzarini a lancé un appel urgent contre l’impunité qui règne sur le front de la guerre menée par Israël à Gaza.

Depuis la reprise des hostilités en octobre 2023, l’État hébreu tire à tout-va pour éliminer les combattants du Hamas. Les dommages collatéraux et les crimes de guerre semblent lui importer peu, comme l’ont dénoncé plusieurs organisations de défense des droits humains.

Dans cette spirale de violence, les installations onusiennes ne sont pas épargnées, avec des centaines de locaux détruits ou pillés, des dizaines d’employés arbitrairement détenus ou torturés, et plus de 390 agents tués, selon Lazzarini.

Un bilan accablant qui exige des réponses

« Nous devons avoir une commission, un panel de haut niveau d’experts, pour examiner non seulement les meurtres de notre personnel, mais de l’ensemble des Nations Unies, et nous devons aussi examiner la destruction extraordinaire à grande échelle des locaux onusiens à Gaza », a-t-il martelé fin mars en marge d’une conférence de presse à Genève.

L’attaque du 20 janvier contre le siège de l’UNRWA à Cheikh Jarrah, dans Jérusalem-Est occupée, illustre à elle seule le caractère inédit d’une situation où ne semble prévaloir que la loi du plus fort.

Ce bâtiment, pourtant couvert par les immunités diplomatiques accordées aux missions de l’ONU, a été pris d’assaut, pillé et incendié. Plus grave, des membres du gouvernement et du Parlement israélien ont célébré l’événement devant les caméras, allant jusqu’à revendiquer la paternité de cet acte.

Le haut responsable onusien affirme avoir soumis à plusieurs reprises la demande d’une commission d’enquête au Secrétaire général, aux membres du Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale des Nations Unies.

La course contre la montre de la mémoire et des preuves

Des discussions sont en cours, a-t-il reconnu. Mais aucune décision formelle n’a encore été prise, aucun mandat n’a été officiellement accordé, aucun calendrier n’a été fixé. La difficulté principale invoquée jusqu’ici pour ne pas lancer la commission tient au fait que le conflit est toujours en cours, le nombre de victimes continue d’augmenter, les destructions se poursuivent.

Mais attendre la fin des hostilités, c’est prendre le risque que les traces s’effacent, que les témoins se dispersent, que les chaînes de responsabilité deviennent impossibles à reconstituer. « Plus le temps passe, plus la tâche de la commission sera difficile », averti Lazzarini.

Au-delà du volet humanitaire, le Commissaire sortant insiste sur la nécessité d’engager un véritable processus politique, seul à même de sortir la région de l’impasse. Il appelle à dépasser définitivement le caractère « temporaire » qui a longtemps défini l’UNRWA, une agence créée en 1949 pour gérer une crise qui devait être provisoire et qui dure depuis plus de sept décennies.

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