La banque affirme avoir agi pour des raisons de conformité, et non par hostilité politique envers le président américain.
Dans un dépôt judiciaire révélé vendredi 31 juillet, Capital One affirme avoir clôturé des comptes bancaires appartenant à Donald Trump et à sa famille dans le cadre de sa lutte contre le blanchiment d’argent.
« Les fermetures ont été le résultat de plusieurs mois d’analyse et d’un examen approfondi par l’équipe AML de Capital One, conformément aux politiques de la banque et aux directives des autorités de régulation », précisent les documents cités par Reuters.
L’affaire oppose depuis plus d’un an le Donald J. Trump Revocable Trust — une entité regroupant plus de 400 structures liées à la Trump Organization — à Capital One devant le tribunal fédéral du district sud de la Floride, à Miami.
La banque, alors principal partenaire financier de la famille de l’ex‑président, est accusée d’avoir fermé en 2021 plus de 300 comptes liés à l’empire Trump pour des motifs politiques. C’est ce qu’on désigne dans la vocabulaire consacré par « débanking » illégal, c’est‑à‑dire le refus de services pour des raisons idéologiques.
Des soupçons de blanchiment documentés
Pour les plaignants, le prétexte est tout trouvé, puisque la fermeture intervient dans le sillage de l’attaque meurtrière du Capitole, que Donald Trump aurait encouragée, selon les autorités américaines.
Capital One réfute toutefois cette interprétation et évoque des transactions jugées suspectes, notamment des chèques personnels au bénéfice de dirigeants de la Trump Organization ou de Trump lui‑même, ainsi que des transferts en provenance de banques étrangères sans justification claire.
Ce type de mouvements correspond, selon la banque, à des schémas d’alerte identifiés par les régulateurs fédéraux. Une annexe consacrée aux indicateurs de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme a d’ailleurs été jointe à la procédure.
Michael Popok, animateur de l’émission juridique Legal AF sur YouTube, qui dit avoir lui‑même occupé des fonctions de responsable contentieux dans une société de services financiers à Wall Street, rappelle que ce type de signalement peut déboucher sur un rapport d’activité suspecte, dispositif standard dans le secteur bancaire américain.
Une amende de 390 millions de dollars en toile de fond
Il souligne que les banques consacrent des dizaines de millions de dollars, en personnel et en outils d’intelligence artificielle, pour se conformer aux obligations de connaissance du client imposées notamment par le Patriot Act.
Pour Capital One, l’enjeu était d’autant plus grand que l’établissement avait accepté, quelques mois avant le cas Trump, de verser une amende de 390 millions de dollars au réseau américain de lutte contre la criminalité financière (FinCEN), pour ne pas avoir mis en place un programme anti‑blanchiment efficace entre 2008 et 2014.
Un audit interne avait révélé que la banque avait omis de signaler des millions de dollars de transactions douteuses sur cette période. Le président américain a par ailleurs engagé en début d’année une procédure similaire contre JPMorgan Chase, elle aussi accusée de « débanking » illégal.
