Des formatrices et enseignants tirent la sonnette d’alarme sur l’effondrement du niveau d’orthographe et de syntaxe, jusqu’à l’université. De quoi susciter la multiplication des modules de remise à niveau.
Christine est formatrice indépendante. Son public ? Des adultes de 20 à 60 ans, souvent entre 40 et 50 ans, inscrits dans des formations professionnelles de niveau bac à bac+2, principalement en secrétariat-assistanat.
Des femmes et des hommes qui ont appris le français à l’école, en France, et qui ne savent pourtant plus écrire. « C’est catastrophique », lâche-t-elle sans détour dans l’émission « Les Grandes Gueules » ce 11 juin sur RMC, en évoquant des copies truffées de fautes grossières.
Cela inclut des paragraphes de quinze lignes sans un seul point ni une virgule, et des apprenants incapables, faute de vocabulaire, de formuler une idée pourtant claire dans leur esprit.
« Madame, je sais, mais je ne sais pas le dire », lui confient-ils, désemparés. Ce témoignage, loin d’être isolé, fait écho à un constat documenté à l’échelle nationale : la France traverse une crise profonde de la maîtrise de sa propre langue.
Un niveau de langue illisible aux portes de l’université
Une « chute phénoménale », selon les termes employés par les enseignants eux-mêmes, qui touche l’orthographe, la syntaxe et, plus largement, toute la capacité à produire un écrit intelligible.
Face à cette réalité, universités et centres de formation multiplient les modules de remise à niveau en français, en ligne, en autonomie ou en présentiel. Une trentaine d’universités utilisent déjà écri+, une plateforme publique conçue avec l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui concerne environ 200 000 étudiants.
Une plateforme privée, le Projet Voltaire, revendique de son côté 500 000 utilisateurs dans l’enseignement supérieur. Cela permet de « toucher la masse » des étudiants, selon Jean-François Caulier, économiste et vice-président chargé de la formation et du numérique à Paris‑1 Panthéon‑Sorbonne, cité par l’AFP.
Ces séances sont d’autant plus cruciales que l’on ne sait pas officiellement à quel niveau arrivent les étudiants à 18 ans à l’entrée dans le supérieur, en l’absence d’évaluations nationales qui leur soient dédiées.
Le niveau de langue comme marqueur social
Mais sanctionner trop durement la maîtrise du français risque de pénaliser les étudiants issus de milieux modestes, pour qui l’écrit est historiquement plus difficile à acquérir.
« La maîtrise de la langue est discriminante. C’est pour ça qu’il faut travailler sur cette maîtrise« , explique ainsi à l’AFP Ana Chiaruttini, professeure des universités en sciences de l’éducation, qui a participé à la conception et au déploiement d’écri+.
Autrement dit, comme l’ont théorisé certains sociologues — notamment Pierre Bourdieu —, la langue « correcte » est une convention sociale imposée par les classes dominantes. En faire un critère de sélection revient à reproduire les inégalités sous couvert de méritocratie.
Entre-temps, le sujet s’est imposé jusqu’au sommet de l’État. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, ayant récemment annoncé une série de mesures destinées à durcir les conditions d’obtention du baccalauréat.
« J’estime qu’une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible, c’est-à-dire avec un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne », a-t-il déclaré.
